Corliande

Auto édition

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19 juillet 2017

Extrait de texte (2)

          Mais, comment sont fabriqués les costumes de plumes des corliandais ? A cette question cruciale, voici un début d'éclaircissement. Extrait du futur "Livre de Baltos" :

       "...Venons-en à la fabrication elle-même, car je vous sens impatients d’en connaître enfin les arcanes. Sachez que de nos anciennes croyances, nous avons retenu l’importance primordiale de l’œuf. Celui-ci est d’ailleurs partout symboliquement présent, notamment dans les décorations enjolivant nos manuscrits et nos murs. Or, selon cet adage bien de chez nous, qui dit « œufs » dit « ailes », et vous le savez peut-être, les oiseaux peuplant la forêt entourant le village, tout comme ceux qui visitent nos jardins, sont nos amis de toujours. Parmi ces différentes espèces, il en est une d’assez grande envergure dont le plumage se renouvelle deux fois l’an. Il s’agit des corolans, grands types de picidés multicolores qui nichent aux sommets des arbres les plus hauts. Leur livrée remarquable mêle des couleurs plutôt froides, allant du violet profond au bleu pâle, aux tons les plus chauds, comme le rouge flamboyant ou carmin et le jaune d’or, sans oublier le vert menthe ou le brun caramel ; tout cela sans aucune faute de goût, avec une science de la nuance et de la subtilité que bien des peintres pourraient leur envier. Rien d’étonnant à ce que nous désirions nous en inspirer. Ce qui vous surprendra peut-être, en revanche, c’est d’apprendre que ces pics chamarrés nous sont familiers et serviables au point de recueillir une à une toutes les plumes tombées durant la mue pour nous les offrir. C’est ainsi par milliers que nous sont apportées, chaque printemps et chaque automne, ces fragiles et merveilleuses parures. Aux abords de la clairière en effet, ils sont presque aussi nombreux que les mésanges et les roitelets. Si vous pouviez voir l’incessant ballet que font ces oiseaux imposants mais passablement dégarnis, tenant dans leurs becs ou entre leurs pattes cette singulière offrande ! Je vous assure que c’est un spectacle étonnant. En échange, nous leur faisons don des graines de lin et d’orge cultivées dans nos champs. Ils en raffolent plus que des insectes. La récolte étant faite, nous la trions soigneusement puis l’entreposons à l’abri du vent et de la lumière, car privées de vie les plumes risqueraient de s’affadir et même de se décolorer, dans un grand bâtiment au centre du bourg appelé le Plumoir. Toutes y sont répertoriées, classées selon leurs tailles et leurs teintes et consignées dans un registre scrupuleusement tenu à jour. Plusieurs administrateurs se partagent la tâche fastidieuse de noter les entrées et sorties, et de fournir à chacun selon ses besoins. Mais posséder ces plumes, même en si grand nombre, ne suffit évidemment pas. Pour les convertir en vêtements, nous avons l’eglerette, genre de gallinacé qui vient volontiers picorer dans nos cours, plantations et jardins. Ce charmant volatile, un peu l’équivalent de vos poules mais en plus sauvage, l’élevage quel qu’il soit étant inconcevable ici, est vivement encouragé à s’installer dans nos granges. Or il a la particularité de pondre beaucoup plus d’œufs qu’il ne peut en éclore. Ainsi, lorsque deux poussins en brisent la coquille, ce n’est pas moins de huit qui ne s’ouvriront pas. Ils sont d’ailleurs repérables à leur absence de couleur, à l’inverse des autres qui se présentent d’un beau gris moucheté. Les mères ne s’y trompent évidemment pas et se refusent obstinément à les couver. C’est alors que nous intervenons pour les récupérer et en débarrasser les nids. Mais tandis que vous, vous les utiliseriez probablement à des fins culinaires, nous leur destinons un tout autre usage. Je ne vous dirais pas s’ils sont savoureux en omelette, n’ayant pas eu l’occasion ni même la moindre envie de les goûter. Mais je puis vous certifier qu’ils ont pour ce qui nous concerne des vertus tout simplement magiques. Une certaine quantité de ces œufs, cassés puis énergiquement battus dans un récipient pendant dix minutes, ajoutés à quelques poignées de farine de seigle, une louche de pulpe de pommes de terre et une décoction de trois fleurs, pimprenelle, bardane et petite centaurée, formeront une sorte de pâte gluante et très élastique. Un autre ingrédient est indispensable à la recette, mais je n’en dirai rien, de même que je resterai vague sur les proportions, en réalité beaucoup plus précises. Je ne tiens pas à trop vous révéler d’un secret unique et ancestral. Sachez toutefois qu’il est recommandé d’y verser quelques gouttes d’extraits de plantes parfumées, tels que des pétales d’églantine ou de chèvrefeuille, ou encore de lavande, car je vous l’avoue, sans être nauséabonde, l’odeur n’est pas des plus attirantes. Cette pâte devra reposer une nuit entière, au terme de laquelle celui ou celle qui veut « changer de peau » pourra s’enduire entièrement le corps de la solution ainsi obtenue. Puis il invitera ses parents et amis à venir l’assister dans une entreprise délicate : disposer toutes les plumes préalablement choisies dans l’ordre voulu, longuement élaboré les jours précédents. Après les avoir elles-mêmes trempées dans ce brouet, il faut vite les piquer en rangs serrés, en commençant par les chevilles pour remonter jusqu’aux épaules, et ne laisser aucun espace à découvert. Pour finir, il convient de badigeonner l’ensemble avec le reste de la mixture. On appelle toute cette opération l’emplumage. Mais celle-ci étant achevée, le jeune corliandais devra encore faire preuve de patience. Car il restera de longues heures durant couvert des pieds jusqu’au cou d’une matière désagréablement visqueuse. Le mieux pour lui, en principe, est de s’étendre au soleil, en ayant bien soin de changer régulièrement de côté. Mais généralement, ainsi affublé de cet étrange accoutrement — car les plumes agglutinées, imbibées et noircies d’humidité, ne donnent qu’une piètre idée de ce que sera son costume — il préfèrera se montrer discret, étant systématiquement sujet de moquerie de la part de tous ceux qui sont pourtant déjà passés par-là, ou ne tarderont pas à le faire..."

1 juillet 2017

Le livre de Baltos (33)

         Voici un nouveau texte pour "Le livre de Baltos". Celui-ci ouvrira le recueil intitulé "Contes et récits des régions du nord". L'action se situe dans l'empire éturbe et conte le récit d'un des personnages qui, au sommet du pouvoir, ont marqué de leur empreinte la terrible histoire de cette nation guerrière et hégémonique. 


Sorguère IX, dit "Le couard"

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24 juin 2017

Extrait de texte (1)

Petit extrait du texte "Les sentinelles" qui figurera dans "Le livre de Baltos". Sorte de plaidoyer pour les loups, il s'adresse bien sûr aux habitants supposés d'un monde imaginaire, le mien. Mais ils sont encore si malmenés, ici et maintenant, et notamment par l'actuel ministre de l'environnement, qu'il pourrait tout aussi bien nous concerner tous.


« Lorsque le soir ombre toute chose en ce monde, inondant les terres arides et les landes nues, faisant courir des frissons furtifs sur les plaines florissantes, ou noircissant les sombres forêts et les monts glacés aux dents blanches ; lorsque la lune pleine s’imagine reine des cieux, entourée de sa cour d’étoiles dont l’éclat pâlit à mesure qu’elle s’élève, lorsqu’enfin le temps vous abandonne aux multiples doigts crochus de la nuit qui sculptent vos angoisses et vous pétrissent l’âme, nous ne sommes jamais très loin de vous. Tout aussi craintifs, mais bien plus discrets que vous, nous ne pointons guère le bout du museau. Nous préférons vous étudier de loin, suivre vos pas à distance. Nous savons bien que nos cris vous font fuir, tout comme vous effraient nos yeux qui fendent l’obscurité de deux lames de poignard d’un vert luminescent, et nos mâchoires puissantes et meurtrières, à l’instar de ces pièges que vous, ou d’autres que vous, aviez calqués sur elles et tendaient si souvent naguère pour nous nuire. Nous étions alors vos ennemis jurés, et nous le sommes encore pour nombre d’entre vous. Quelle faute originelle avions-nous commise ? Quel coupable méfait faisait peser sur notre race le poids impitoyable de vos haines ? En vain nous interrogerions-nous pour le comprendre. Dans votre vision du monde, à la fois si sommaire et si complexe, modelée tels les méandres d’un cerveau tortueux, mais dominée toujours par la perception simpliste de l’enfance, vous aviez décrété que l’agneau était l’image du bien, et le loup le symbole du mal. Au premier les draps immaculés du Paradis, au second les charbons ardents de l’Enfer. Et cette idée si candide et si fausse, mais si profondément ancrée en vous, ne vous empêchera nullement de faire subir à l’ange un sort identique à celui que lui réserve le démon, preuve que vous n’êtes guère exempts de contradictions..."

5 juin 2017

Le livre de Baltos (32)

       Pour clore le second recueil du "Livre de Baltos", intitulé "Contes et récits des régions du sud", voici un nouveau texte. Celui-ci évoque un couple légendaire de la forêt des sylphes, dont l'histoire fut dite au cours de cette soirée passée chez Zæliane et ses amis.


Yothilde et Cloanne

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7 janvier 2017

Le livre de Baltos (31)

       Ce nouveau texte pour Le livre de Baltos fait suite à celui intitulé : "La mémoire des sylphes". il s'agit du récit annoncé à la fin, raconté par leurs hôtes aux petits corliandais lors d'une veillée. Il traite d'un sujet, la chasse et l'exploitation des animaux, qui me tient beaucoup à cœur. Bonne lecture !


Le géant sous la colline

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